Si ton alternance se passe mal, ne démissionne pas sur un coup de tête et ne reste pas seul face au problème. Note des faits précis, demande un échange avec ton tuteur, puis alerte rapidement ton CFA ou ton école. En cas de harcèlement, de violence ou de danger, saute l’étape du dialogue direct et cherche immédiatement de l’aide auprès d’un adulte de confiance, des RH, du CFA, de la médecine du travail ou de l’inspection du travail.
Commence par nommer précisément ce qui ne va pas
« Je déteste mon alternance » décrit un ressenti réel, mais ne suffit pas pour obtenir un changement. Transforme ce malaise en faits observables. Depuis quand le problème existe-t-il ? À quelle fréquence ? Qui est concerné ? Quel effet cela a-t-il sur ta formation, ton travail ou ta santé ?
Fais la différence entre une période d’adaptation difficile et un dysfonctionnement durable. Une consigne mal comprise ou une semaine chargée peut se corriger. Des humiliations répétées, des heures non comptées, l’absence totale d’encadrement ou des missions sans rapport avec le diplôme demandent une réaction plus nette.
| Problème rencontré | Premier interlocuteur | Action concrète |
|---|---|---|
| Missions trop floues ou hors sujet | Tuteur ou maître d’apprentissage | Comparer les tâches au programme et demander deux missions adaptées |
| Aucun suivi ni retour sur ton travail | Tuteur, puis CFA | Proposer un point hebdomadaire de 20 minutes |
| Horaires excessifs ou cours à « rattraper » | RH et CFA | Reconstituer les heures avec les plannings et les messages |
| Conflit avec le manager | RH, autre responsable ou CFA | Demander un échange avec un tiers présent |
| Humiliations, harcèlement ou danger | CFA, RH, CSE, médecine ou inspection du travail | Se mettre à l’abri et conserver des éléments datés |
Un apprenti est salarié, mais l’entreprise doit aussi assurer sa formation pratique. La fiche officielle du contrat d’apprentissage précise que les tâches confiées doivent suivre une progression définie avec le CFA. Relis donc ton contrat, ta fiche de poste, le référentiel du diplôme et le calendrier de formation avant le rendez-vous.
Que faire si ton alternance se passe mal au quotidien ?
Garde une chronologie factuelle
Crée un document personnel avec quatre colonnes : date, fait, personne présente et conséquence. Écris par exemple : « 8 septembre, départ demandé à 20 h 15 au lieu de 18 h, message du responsable conservé », plutôt que « on me fait toujours finir tard ».
Conserve les plannings, courriels, messages, objectifs et comptes rendus. Ne récupère pas de documents confidentiels sans rapport avec ta situation. Cette chronologie sert d’abord à expliquer clairement le problème, pas à préparer une guerre contre l’entreprise.
Demande un rendez-vous avec une proposition
Choisis un moment calme et annonce l’objet du rendez-vous. Décris un ou deux faits, leur impact, puis la solution attendue. Tu peux dire : « Depuis trois semaines, je réalise uniquement la saisie des dossiers alors que mon programme prévoit aussi le suivi client. Peut-on définir une mission progressive et faire un point vendredi prochain ? »
Termine par une date de suivi. Après l’échange, envoie un bref courriel : sujets abordés, décisions prises et prochain point. Si ton tuteur est lui-même à l’origine du problème, adresse-toi à son responsable, aux RH ou directement à ton référent de formation.
Préviens le CFA sans attendre le point de rupture
Le CFA ou l’école ne doit pas découvrir la situation le jour de ta démission. Envoie ta chronologie et demande une réunion tripartite avec l’entreprise. Le référent peut rappeler les objectifs pédagogiques, négocier un changement de missions, un autre tuteur ou un suivi plus fréquent.
Pour replacer ton contrat, ton rythme et le rôle de chaque acteur dans leur cadre, consulte le guide de l’alternance. Si le désaccord porte surtout sur les horaires, vérifie aussi comment compter le temps de travail entre l’école et l’entreprise.
Quand faut-il passer directement à l’alerte ?
Le dialogue avec le tuteur n’est pas la bonne première étape si tu te sens en danger, si tu subis des violences, des gestes déplacés, des menaces ou des humiliations répétées. Éloigne-toi de la situation si nécessaire et parle immédiatement à une personne de confiance. Si tu es mineur, préviens également ton représentant légal.
Un signalement peut être adressé aux RH, à l’employeur, au CSE, à la médecine du travail ou au CFA. Service-Public confirme qu’un apprenti bénéficie de la protection contre le harcèlement moral au travail. Des courriels, captures d’écran, documents de travail, témoignages ou certificats médicaux datés peuvent aider à établir les faits.
Tu peux aussi contacter directement l’inspection du travail pour une question de santé, de sécurité, de durée du travail, de harcèlement ou de discrimination. Elle contrôle l’application du droit du travail, mais ne tranche pas tous les litiges individuels à la place du conseil de prud’hommes.
Dans un contrat d’apprentissage, un risque sérieux pour la santé ou l’intégrité physique ou morale peut conduire l’administration à suspendre le contrat après enquête. N’essaie donc pas de régler seul une situation dangereuse en négociant simplement un départ oral.
Le médiateur de l’apprentissage peut-il intervenir ?
Oui, lorsque le litige concerne l’exécution du contrat d’apprentissage : conditions de travail, durée du travail, rémunération ou congés, par exemple. Le médiateur cherche une solution amiable entre l’apprenti et l’employeur. Il ne règle pas les questions purement pédagogiques, qui restent à traiter avec le CFA.
Le médiateur dépend de l’activité de l’entreprise et de la chambre consulaire compétente. La démarche et les interlocuteurs sont détaillés sur la page officielle consacrée à la saisine du médiateur de l’apprentissage. Tu peux le solliciter avant que le conflit devienne irréversible. Sa saisine est également obligatoire si, après les 45 premiers jours de pratique en entreprise, tu veux rompre ton contrat d’apprentissage de ta propre initiative sans accord avec l’employeur.
Faut-il changer d’entreprise ou rompre le contrat ?
Pose-toi trois questions après les échanges : les faits ont-ils cessé, les engagements sont-ils écrits et la situation est-elle supportable jusqu’au prochain point ? Si les missions sont enfin cadrées et le suivi réel, donne une courte période d’essai au plan d’action. Si rien ne change, commence à chercher une autre entreprise avec le CFA tout en sécurisant juridiquement ton départ.
Les règles ne sont pas les mêmes pour un contrat d’apprentissage et un contrat de professionnalisation. Elles changent aussi selon la période du contrat. Avant tout courrier, lis la procédure détaillée sur la rupture d’un contrat d’alternance. Si tu es encore au début du parcours, vérifie le décompte exact de la période d’essai en alternance.
Ne cesse pas simplement de venir travailler. Une absence injustifiée complique la situation sans résoudre le problème. Prépare plutôt la suite : entreprises à contacter, maintien possible en formation, date de fin, documents à récupérer et conséquences financières. Une mauvaise alternance ne résume ni ta valeur ni ton futur métier. Le bon réflexe est d’agir tôt, avec des faits, des interlocuteurs identifiés et une trace écrite de chaque étape.